Certains chercheurs ont vu dans le théâtre de Maruxa Vilalta (Barcelona, 1932- Mexico, 2014) une exception dans la littérature de l’exil républicain de deuxième génération en raison d’une absence présumée d’intérêt mémorial qui l’éloigne des préoccupations littéraires du reste des enfants de la guerre. La présence limitée de références explicites à la Guerre civile espagnole et à la dictature qui a suivi les a amenés à cette lecture erronée.Il est vrai que son théâtre -qui lutte contre le fascisme, contre les guerres, contre l’inégalité et l’aliénation de l’homme dans la société contemporaine- nie la circonscription historique des événements qu’il représente, elle le fait avec une volonté d’interpellation multidirectionnelle. Ses pièces construisent leur critique politique et sociale à travers des stratégies qui en font une théâtralité de l’universel (archétypes, mythologie, pronominalisation, polysémie, discours ouvert, etc.). Prenons un exemple : Vilalta théâtralise, dans Esta noche juntos amándonos tanto (1970), l’assassinat de l’étudiant Enrique Ruano par la Brigade politique sociale franquiste, qui avait eu lieu l’année précédente. Cependant, dans un contexte de répression étudiante généralisée dans le monde (le Mai 68 français ou le plus proche massacre du Tlatelolco au Mexique), Vilalta ne pourrait pas préciser les coordonnées spatiotemporelles en Espagne.
Bien que sa critique a comme référence indéniable l’Espagne franquiste, cette stratégie lui permet d’entreprendre une mémoire multidirectionnelle qui interpelle aussi le public potentiel de ses représentations (celui de Mexico). De même, dans le prologue de Un país feliz, Vilalta reconnaît qu’elle se réfère à la dictature franquiste, elle préfère que le « país feliz » de la pièce soit n’importe lequel dans lequel elle ne puisse être représentée. Nous soutenons donc que la multidirectionnalité et l’universalisme sont abordés comme des stratégies mémorialistes dans son théâtre.
Conférence de Maravillas Moreno Amor, résidente, Doctorante en Littérature espagnole et hispanoaméricaine, Universidad de Murcia.